Le vote blanc a canalisé la protestation

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Le vote blanc a canalisé la protestation

Si le score en faveur d’Emmanuel Macron est sans appel (66 %), un Français sur trois a voté blanc ou s’est abstenu. Pour Céline Braconnier, directrice de Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, et Jean-Yves Dormagen, professeur de science politique à l’université de Montpellier, ce résultat obéit avant tout à des déterminants sociologiques.

« Le vote blanc a canalisé la protestation »

Il faut remonter à 1969, au duel Pompidou – Poher, pour trouver une abstention plus forte (31,15 %). Comme à l’époque, c’est la seule fois que l’abstention progresse entre le premier et le second tour…

Céline Braconnier :Effectivement, c’est une situation inhabituelle : depuis 1974, la participation a toujours progressé entre les deux tours de scrutin. La moyenne au second tour est d’ailleurs en général très élevée : 83 %. Par comparaison, ce 7 mai 2017 est bien atypique : non seulement la participation diminue mais, avec 74,6 %, elle est plus de 8 points inférieure à la moyenne. Dans un contexte où le premier tour avait déjà été marqué par une légère progression de l’abstention par rapport à 2012 et plus encore par rapport à 2007, il est manifeste que la présence du FN au second tour et les appels au «front républicain» n’ont pas enclenché de dynamique de mobilisation. On est loin du 21 avril 2002.

 Quelles en sont les causes ?

Jean-Yves Dormagen : Même si les soirs d’élection, les commentateurs ont tendance à interpréter l’abstention dans des catégories politiques, ce phénomène obéit avant tout à des déterminants sociologiques. La géographie de l’abstention et les catégories les moins mobilisées restent les mêmes au premier et au second tour de scrutin. Ce sont les mêmes villes, les mêmes quartiers, les mêmes bureaux qui se sont le plus abstenus au premier et au second tour de scrutin. Plus significatif encore, si l’on porte la comparaison jusqu’aux élections municipales de 2014, le classement des villes les plus abstentionnistes reste sensiblement le même. La simple comparaison des communes de plus de 10 000 habitants les plus abstentionnistes avec les plus participationnistes suffit à illustrer la force des déterminants sociaux. Parmi les 14 communes de métropole où l’abstention a dépassé les 40 % lors de ce vote se trouvent : Vaulx-en-Velin, Clichy-sous-Bois, Roubaix, Stains, Bobigny, Forbach et Saint-Denis. A l’inverse, parmi les 21 communes où l’abstention a été inférieure à 20 %, figurent les VIe, Ve, IXe et IIIe arrondissements de Paris, Gif-sur-Yvette ou encore Neuilly-sur-Seine. Les territoires où se concentre l’habitat social sont, comme toujours, les moins mobilisés, tandis que les zones où le mètre carré atteint ses niveaux records sont aussi celles où la participation est la plus haute.

Source : Liberation.fr