Européennes 2019 : le retour aux urnes ? Décryptage du scrutin

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Européennes 2019 : le retour aux urnes ?

Contre toute attente, les élections européennes ont vu s’enrayer la mécanique d’inexorable progression de l’abstention. Comment expliquer cette hausse de la participation ? Peut-on observer cette dynamique au sein de tous les groupes sociaux ? Ce regain d’intérêt s’inscrira-t-il dans la durée ? Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen décryptent les résultats du 26 mai 2019.

« Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, la participation électorale aux élections européennes a repassé la barre symbolique des 50% d’inscrits, mobilisant un citoyen français sur deux en capacité de voter, quand l’abstention s’était, depuis le tournant des années 2000, stabilisée à un niveau élevé : 59 % en 2009 et encore 57% en 2014. Cette remobilisation relative d’une partie de l’électorat potentiel suscite d’autant plus d’intérêt qu’elle constitue une surprise au regard des records attendus d’abstention : selon les sondages qu’ils prenaient pour référence, les médias avaient préparé les esprits à enregistrer a minima 57% d’abstention – le taux atteint en 2014- quand d’autres annonçaient jusqu’à 60%.

Il convient de ne pas minimiser la réalité de la dynamique observée le 26 mai 2019, à bien des égards à contre-tendance de ce qu’on observe depuis plus d’une décennie, au cours de laquelle l’abstention n’a cessé d’augmenter pour tous les types de scrutin. En juin 2017, le record historique de 57% d’abstention enregistré au deuxième tour des législatives marquait même symboliquement le fait que ce scrutin national fondateur de notre démocratie ne se révélait désormais pas plus capable d’intéresser les citoyens que les Européennes traditionnellement les moins attractives de toutes nos élections.

Comment comprendre, dans ce contexte, ce qui s’est passé dimanche, perceptible aussi bien depuis le centre de Paris que depuis les quartiers populaires de Saint-Denis, la participation électorale ayant progressé partout de 8 points environ par rapport aux dernières Européennes ? »

Dans cet article, les auteurs reviennent sur cette hausse inattendue de la participation, en la mettant notamment en perspective avec la question du calendrier électoral.

Les Européennes 2019, survenues après deux années entières sans élection, constituent un scrutin intermédiaire rompant avec la périodicité électorale traditionnelle. Cette variation du calendrier électoral n’aura pas été sans conséquence sur les résultats du scrutin. Le parti du Président et ses alliés ont ainsi échappé aux logiques habituelles du vote et de l’abstention sanction.

Pourtant, les auteurs soulignent qu’en raison du contexte politique général marqué par des mobilisations contestataires récurrentes, le scrutin du 26 mai garde l’empreinte des élections intermédiaires. Les européennes confirmeraient l’attractivité du vote pour celles et ceux qui cherchent à se faire entendre dans l’espace public. Ainsi le mouvement social des gilets jaunes ou encore la mobilisation en faveur du climat (où les jeunes étaient fortement représentés), laissent penser que cette politisation a trouvé écho au-delà de la rue, notamment chez des catégories de population globalement sous-représentées dans les urnes.

Les auteurs ne manquent pas de revenir sur l’inscription électorale, facteur indissociable et éclairant de la participation.

 

« un scrutin auquel ne participe qu’un inscrit sur deux à l’échelle nationale reste un scrutin dont le résultat est porteur d’inégalités sociales de participation électorale »

 

Observer la participation à l’échelle des villes ou des quartiers est parfaitement éclairant. Certains territoires cumulent les facteurs prédisposant à l’abstention ou à ce que les auteurs appellent « la participation désenchantée ». La participation de « ceux qui n’y croient plus vraiment tout en continuant de se rendre de temps en temps aux urnes par habitude ».

À PROPOS DES AUTEURS

Céline Braconnier est professeure de science politique à l’Université de Cergy-Pontoise, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et directrice de la Chaire Citoyenneté

Jean-Yves Dormagen est professeur des universités en science politique  à l’Université de Montpellier 1et directeur de la Chaire Citoyenneté